Si je vous dis Ano Hana, vous pensez au fantôme d’une jeune fille qui revient hanter un de ses amis et le pousse à sortir de son isolement pour reprendre contact avec ses anciens compagnons de jeu. Eh bien, A Silent Voice est aussi une œuvre mettant en scène des personnages brisés par leur passé, à la différence que les deux protagonistes ont encore beaucoup à faire avant de devenir amis. Après leurs retrouvailles, Nishimiya et Ishida vont donc tenter de se reconstruire, en commençant par renouer avec leurs anciens camarades de classe.

Nishimiya est une élève douce et attentionnée. Chaque jour, pourtant, elle est harcelée par Ishida, car elle est sourde. Dénoncé pour son comportement, le garçon est à son tour mis à l’écart et rejeté par ses camarades. Des années plus tard, il apprend la langue des signes… et part à la recherche de la jeune fille.

A Silent Voice est un film adapté du manga de Yoshitoki Oima et réalisé par Naoko Yamada. La première s’est faite remarquer grâce à cette oeuvre alors qu’elle avait à peine 24 ans, tandis que la seconde a déjà acquis ses lettres de noblesse de par son travail sur les séries et films K-On! et Tamako Market. L’animation est assurée quant à elle par le studio Kyoto Animation, dont la qualité technique des productions n’est plus à démontrer. On pourrait ici leur reprocher un effet de flou assez présent, de même qu’un travail sur les environnements moins fouillé que dans leurs précédentes œuvres. Cependant, ces défauts sont largement compensés par les effets visuels et de mise en scène dont regorge le film, de même qu’une attention portée à la gestuelle et au character acting qui sublime les interactions entre les personnages et nous les rend terriblement vivants.

C’est ce sens du détail qui distingue A Silent Voice d’autres oeuvres du même genre. On dit en effet qu’on distingue un bon film d’un mauvais si on parvient à le comprendre même sans dialogues. Yamada va justement appliquer ce principe à la lettre en cherchant à nous mettre à la place de son personnage malentendant. Cela passe d’abord par le choix de musiques, mélodieuses mais « dissonantes », comme si celles-ci ne nous parvenaient pas correctement – Un choix osé, mais qui parvient à transmettre les ambiances et les émotions aussi bien qu’une composition normale. Cela se ressent aussi dans le visuel, Nishimiya devant se retourner et confirmer de visu que quelqu’un la suit, faute de pouvoir entendre les bruits de pas. Enfin, cela passe même par le toucher, lorsqu’elle constate la présence de quelqu’un en ressentant les vibrations dans une rambarde ou encore lors d’une scène de feu d’artifice impressionnante où seules les vibrations lui parviennent alors que tous les sons sont muets.

Ce travail sur les ambiances place le film dans une situation paradoxale où, pour apprécier pleinement cet effort de mise en contexte, il faut justement un bon appareil sonore. Avant sa sortie en DVD/BD chez Kazé, la diffusion du film au cinéma par Art House est donc une plus-value non négligeable. On appréciera aussi l’effort de proposer une VF, excellente en tous points, qui va même jusqu’à caster une malentendante pour doubler le personnage de Nishimiya. On peut dire que si le film se sera fait attendre longtemps en France et, si on peut tout de même regretter la distribution cinéma assez faible, l’attente en valait clairement la chandelle.

Le manga A Silent Voice a rapidement été acclamé par la critique pour son traitement du harcèlement à l’école. J’ai d’abord eu l’occasion de le découvrir par son one-shot, avant sa publication en série au Japon et en France. Je l’ai redécouvert via cette adaptation en film, une première fois en VO, puis en VF, et le moins que je puisse dire, c’est que chaque nouveau contact avec l’oeuvre me l’a fait apparaitre comme encore plus puissante. Même s’il choisit de se focaliser presque exclusivement sur la relation entre Ishida et Nishimiya, le film parvient à reprendre en deux petites heures toute la substance du manga. Il regorge tant de subtilités qu’il m’aura bien fallu deux visionnages pour apprécier la composition du film à sa juste valeur. Par ailleurs, on ne ressent aucune longueur tant l’oeuvre brasse de thématiques différentes, qu’il s’agisse du harcèlement, du suicide, ou encore de la rédemption… Un rappel bienvenu que l’animation japonaise a cette capacité à traiter de tous les sujets, aussi durs soient-ils. Et quand on le fait aussi bien que Silent Voice, parler de chef d’oeuvre en devenir n’est sans doute pas une exagération.