Il y a quelques jours, l’auteure du manga GangstaKOHSKE, a fait parler d’elle suite à un tweet dans lequel elle priait les pirates d’arrêter de partager et traduire son manga sans quoi elle ne serait plus capable d’en vivre et contrainte d’arrêter son métier. Les japonais n’ont pas pour habitude d’exprimer aussi ouvertement une critique, qui plus est en anglais, c’est pourquoi son tweet a rapidement été relayé un peu partout. Or, tous les internautes ne sont pas forcément bienveillants et les remarques déplaisantes et malavisées n’ont bien sûr pas tardé. Beaucoup de choses ont été dites par rapport à la pratique des scans et de la fantrad, et il me semblait nécessaire de revenir sur certains commentaires.

 

Le scantrad est interdit seulement pour les séries licenciées

En bref : Le scantrad est interdit, peu importe que l’oeuvre soit éditée en France ou pas.

On dit souvent que le scantrad d’oeuvres non éditées en France est « toléré ». En réalité, c’est tout simplement que les ayants-droits ont déjà fort à faire pour contrer le piratage sur le sol japonais et ils ne vont pas forcément regarder si leurs oeuvres sont piratées à l’étranger ou non. Malgré tout, il peut arriver que ceux qui partagent illégalement ces contenus reçoivent une mise en demeure de la part d’un représentant de ces ayants-droits, et ce même pour un manga qui n’arrivera peut-être jamais en France.

 

Sans scantrad je ne pense pas que c’est revenue augmenteront car sans scantrad moin de pub pour le manga

En bref : Les scans peuvent avoir un impact très néfaste sur les ventes.

Il y a quelques années, l’auteure Maggie Stiefvater a voulu tester cette idée reçue. A la sortie de son livre, elle a constaté que les ventes numériques n’étaient pas du tout à la hauteur de ses oeuvres précédentes. Il lui est venue l’idée de créer des fausses copies de son livre pour en inonder les sites de partage illégaux. Incapables de trouver de scans du véritable livre, ceux qui pirataient jusque-là en ont finalement acheté un exemplaire, ramenant les chiffres de vente à ce qui était normalement attendu. On peut donc se poser la même question pour KOHSKE et son manga Gangsta. Moins populaire dans la communauté anglophone que des titres comme Hajime no Ippo ou Kingdom, son oeuvre est cependant plus lue que des titres comme Toriko ou encore Ranma. Si elle n’arrive pas à vivre de son travail malgré une telle popularité, est-ce que la cause n’est pas à chercher du côté des scans illégaux ?

 

Elle se trompe… les scans lui font de la pub et permettent à des gens de découvrir sa série, qu’ils n’auraient pas acheter autrement.

En bref : Il existe de meilleurs moyens de faire de la pub à un manga.

Dans la communauté des artistes et illustrateurs, ce même débat sur la visibilité revient assez souvent. Certes, partager (même illégalement) un contenu permet de le faire connaître, mais ces mêmes créateurs vous le diront, on ne vit pas de sa visibilité. Il est très difficile d’estimer la proportion de ventes gagnées ou perdues suite au partage illégal d’une oeuvre, c’est d’ailleurs pour ça que le débat revient sans cesse. Mais si le scantrad n’avait que vocation à faire la promotion d’une oeuvre, on ne mettrait en ligne que quelques chapitres pour créer un intérêt chez le lecteur, en essayant d’empiéter au minimum sur d’éventuelles ventes. Les éditeurs prônent cette philosophie depuis plusieurs années, en proposant eux-mêmes des extraits gratuits des mangas qu’ils éditent. Si les équipes de scantrad veulent promouvoir positivement une oeuvre, ils devraient en faire de même.

 

Certains préfèrent payés pour acheter des jeux vidéos ou pour faire des activités en plein air plutôt qu’acheter un manga.

En bref : Il n’est pas nécessaire d’acheter un manga pour le lire légalement.

A notre époque où les loisirs sont nombreux, on est très vite tenté de consommer de manière boulimique toute sorte de contenu, mais ça ne veut pas dire pour autant qu’on ne peut pas le faire de manière éthique. L’achat d’un manga chez son libraire est sans doute la meilleure façon de soutenir une oeuvre que l’on apprécie, mais nous avons aussi la chance d’avoir de nombreuses bibliothèques qui proposent des mangas. D’une part celles-ci rémunèrent les auteurs en achetant leurs oeuvres, d’autre part cette rémunération augmente selon le nombre d’utilisateurs qui fréquentent la bibliothèque. Enfin, s’ils n’ont pas les séries que vous cherchez, sachez qu’il est même possible de leur soumettre des suggestions qu’ils satisferont dans la limite de leur budget.

 

C’est certain qu’une des solutions est une plateforme avec un abonnement

En bref : Une telle plateforme existe déjà, mais…

Un abonnement au site de simulcast Crunchyroll permet non seulement de suivre les nouveaux animés qui sortent chaque saison, mais aussi d’accéder à de nombreux mangas (en anglais) et de lire les derniers chapitres sortis au Japon. Côté français, il existe le site de lecture en ligne Izneo qui propose d’accéder à des BD, mangas et comics en souscrivant un abonnement, ou bien d’acheter les tomes et chapitres des séries qui nous intéressent. La plateforme n’a toutefois jamais rencontré le succès, la faute à un maigre catalogue en matière de manga, mais aussi à cause de ses prix prohibitifs. Cela s’explique par les nombreuses restrictions que s’imposent les éditeurs (français et japonais), mais c’est aussi ce qui empêche la plateforme d’être véritablement attractive. Au final, ce qu’on peut souhaiter de mieux au marché de la lecture en ligne, c’est qu’un nouvel acteur entre dans la course et lui fasse prendre la même direction que ce qu’on a connu avec le simulcast il y a quelques années…

 

Sources : Twitter, MyAnimeList, Maggie Stiefvater, Syndicat National de l’Édition